Interview de Mr Laris, de l'Association Couples contre le Sida, en en mars 2000

Nous avons rencontré au salon Erotissimo (en mars 2000 à Lyon), Monsieur LARIS, coordinateur de l'association Couples contre le Sida.

Monsieur Laris nous a parlé de son travail dans les clubs, les lieux d'échange, des buts de cette Association qu'il dirige collégialement avec les autres membres et en parfait accord avec les responsables des établissements de rencontres.

Gérard Porte : Que représente l'association Couple contre le Sida, et quel en est le but?

Monsieur Laris : Couples contre le Sida est la seule Association française et européenne à intervenir en milieu hétérosexuel, autrement dit en milieu échangiste. Elle existe depuis 1995, elle a été créée à la suite d'une recherche-action qui avait été financée par l'Agence nationale de recherches contre le Sida (Anrs) et du Ministère de la Santé.
Cette recherche-action a été mandatée pour évaluer la possibilité de mettre en place un dispositif de prévention en milieu échangiste.

G.P. : A ce jour c'est rentré dans les têtes et les moeurs, mais au début n'avez-vous pas essuyé des remarques telles "Nous ne sommes pas homosexuels"?

Mr L. : Effectivement, cette fin de non-recevoir nous a été assenée aussi bien par des responsables d'établissements que par des gens qui pratiquaient. Les premiers voyaient d'un mauvais oeil le fait de parler du Sida (équivalent à venir parler de la mort ou venir casser leur logique commerciale) et de ramener le le réel avec tout son poids dans quelque chose qui était dédié à l'imaginaire, aux fantasmes et aux plaisirs.

G.P. : Dans le salon Erotissimo où l'erotisme, la sensualité est reine, votre stand se pose comme un phare au milieu de cet océans de plaisir!

Mr L. : Un phare ! Oui, sous différentes façons. On peut être porteur d'un certain éclairage sur ce qui concerne l'érotisme et la sexualité, c'est juste. En même temps, nous pouvons constater que les gens qui viennent au salon Erotissimo ne sont pas surpris de nous voir, nous sommes vraiment bien intégrés dans le paysage de la même façon que nous sommes intégrés dans les clubs échangistes, même si pour une bonne part les gens qui viennent au salon de l'érotisme ne sont pas forcément des gens qui vont se définir comme libertins, échangistes ou qui fréquent les clubs, ce sont pour beaucoup des gens qui sont "à la frontière". C'est après une démarche dans un salon comme celui-ci qu'ils peuvent franchir un pas supplémentaire. Dans ce salon nous pouvons voir des stands tenus par des clubs échangistes, ils viennent nous voir notamment pour s'informer, poser des questions, réviser les représentations qu'ils ont des risques, ce qui nous permet de travailler sur l'échelle des risques avec une brochure "Propos sur le sexe" qui reprend toutes les questions que l'on peut nous poser. Les personnes se renseignent sur la protection, le risque pour telle ou telle pratique et comment se protéger. Nous leur parlons aussi du dépistage et du Fémidom, la seule protection au féminin à ce jour.

G.P. : Un tel salon est peut-être pour vous une porte ouverte pour des gens qui vont ou iront dans des clubs, et là ce n'est plus vous qui faites la démarche d'aller à eux mais l'inverse?

Mr L. : Ce n'est pas en ces termes qu'il faut voir les choses dans la pratique, mais si sur ce salon nous avons un assez grand stand avec des affiches attrayantes, humoristiques, et que les gens ralentissent devant ou s'arrêtent, nous avons quand même une démarche active. Cette dernière passe par un questionnaire-jeu que nous proposons de faire, avec des questions humoristiques autour du préservatif et de la prévention. Le jeu sert à faire passer un message et être à l'écoute des questions. Nous avons constaté que c'était beaucoup plus efficace de travailler comme cela, plutôt que d'attendre que les gens viennent ,ous les assistons pour qu'ils posent leurs questions

G.P. : Comment une association de lutte contre le Sida "des couples" trouve sa place dans un tel salon?

Mr L. : La toute première fois nous avions un comité à Avignon qui avait été contacté par une société de communication s'occupant de faire de la pub autour d'un salon de l'érotisme, le premier en France (par une société allemande). Suite à quoi nous nous sommes mis en contact au niveau de Lyon, car à ce niveau il y a à la fois le comité Rhône-Alpes et la coordination nationale qui s'occupe des régions où il n'y a pas de comités de Couples contre le Sida. Nous avons ensuite recontacté la société et nous avons assuré la prévention dans d'autres salons (Metz, Saint-Etienne), avant celui-ci à Lyon (organisé par une société Belge). Pour nous, c'est bien de participer à un tel salon.

G.P. : Pour le salon Erotissimo de l'an prochain, Couples contre le Sida sera du voyage?

Mr L. : Sans présumer de ce qui se passera l'an prochain, nous sommes venus au salon sur la base d'un partenariat avec les organisateurs. Au départ ils ne souhaitaient pas nous donner un stand gratuit, nous avons négocié car, d'une part pour nous il est inconcevable de payer pour tenir un stand de prévention, et d'autre part nous n'avons pas de budget pour cela. Donc le partenariat s'est fait sur la base d'une présence active pour le salon, nous leur avons présenté notre mode d'action qui les a séduit. La pratique a l'air de rejoindre la théorie. Nous les avons revus depuis le début du salon, ils ont l'air satisfaits de notre prestation et ils nous ont d'ores et déjà invités à tenir un stand dans les différentes villes de France où ils allaient faire tourner le salon.

G.P. : Nous allons nous donner rendez-vous : à Erotissimo 2, pour un bilan de l'action de l'association après un an prévention!

Mr L. : Je prends note et rendez-vous...

interview réalisée par Gérard Porte

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